MRAC
< / >

20 mars 2011 - 12 juin 2011

Géographies du Dessin

Balmet Gilles, Berthier Julien , Dezeuze François, Gastaldon Vidya, Hochart Benjamin, Nottellet Olivier , QUBO GAS , Rullier Jean-Jacques , Sautour Stéphane, Van Eetvelde Catharina

Géographies du dessin est le troisième volet d’une série d’expositions consacrées au dessin contemporain au Musée régional d’art contemporain à Sérignan. Après Comic Strip en 2009 sur la question du dessin narratif puis Architecture en lignes en 2010 sur les relations entre dessin et architecture, cette exposition rassemble plusieurs artistes qui explorent le genre du paysage. Elle invite le spectateur à se déplacer dans les territoires du dessin, ses frontières et ses limites toujours repoussées par ces artistes qui inventent leur propre grammaire de l'insaisissable. Décrire des trajets, reconstruire l’expérience vécue lors de voyages, retranscrire des phénomènes atmosphériques ou paysagers, proposer des errances à travers des zones inconnues, inventer des cartographies nouvelles, ces artistes transforment notre perception du réel. Une façon de redessiner le monde.

Gilles Balmet
Né en 1979 à La Tronche. Vit et travaille à Paris et Grenoble.
À la frontière entre abstraction et figuration, les œuvres de Gilles Balmet questionnent la notion de paysage, les notions de maîtrise et de hasard, d'ordre et de chaos. Avec les Ink Moutains, le geste, bien qu'aléatoire, semble aller dans le sens d'une prédétermination des formes. L'apparition des montagnes d'encre succède à l'immersion partielle de feuilles de papier blanc dans des lavis d'encre de Chine, complétée par une pulvérisation furtive de peinture acrylique dont l'agglomération crée des scories accentuant le réalisme de ces figures. Tour à tour lunaires, désertiques ou montagneux, ces paysages nous transportent en terres inconnues. Dans les Waterfall, les encres se superposent et se dissolvent en une avalanche de dégradés allant du bleu au violet en passant par le jaune. Les taches traînent sur la verticalité de la feuille, cascades de couleurs qui forment des paysages hallucinatoires. Expérimentateur permanent, Gilles Balmet nous propose de nouveaux territoires entre microscopique et macroscopique, réel et fantastique. « suminagashi »

Julien Berthier
Né en 1975 à Besançon. Vit et travaille à Aubervilliers.
Julien Berthier réalise des dessins, des sculptures, des vidéos et des photographies. Ses dessins sont autant de réflexions sur son propre travail. Toujours au format A4, ils reprennent avec humour des plans pour des projets non réalisés et des scénarios improbables, et sont empreints des dimensions à la fois poétiques et politiques qui caractérisent toute son œuvre. Ces petits dessins explicatifs traduisent une méthode de recherche artistique et une esthétique de l'impossible, de l'inachevé ou de l'échec. Il invente ainsi des possibilités nouvelles d'intervention sur le réel, entre innovations futuristes, pseudo exposé scientifique et inventions délibérément absurdes, commentaires ironiques sur notre idéologie du progrès. Il expose ses idées, trouvant un prétexte de départ anodin (une association d'idées, un bon jeu de mots) sous la forme de propositions insolites et ludiques.

François Dezeuze
Né en 1947 à Montpellier. Vit et travaille à Sète.
François Dezeuze présente des assemblages d’éléments trouvés qui forment, présentés au mur, des dessins ultra-légers, aériens, une écriture de végétal séché, une multitude de signes. «Il compte, avec les fragiles ombelles de ces grandes férules, ces fleurs à la géométrie compliquée, ça et là, sur celles plus sphériques des pissenlits, sur les feuilles de monnaie du pape, sur les ramifications des gorgones trouvées sur les rives de l’étang de Thau qu’il affectionne et tous les autres menus objets qui, détournés de leur fonction, prennent aussitôt une valeur esthétique. Les pulvérisant de colle pour en conserver la nature éphémère à la veille d’une reproduction qui n’aura pas lieu, il orne son discours de sphères esthétiques, de pétioles étoilés accrochés à la tige, de ronds de lunaires et compose ainsi la séquence lumineuse du bruissement de la langue pour parler comme Roland Barthes.» (Robert Gordienne) Devant les partitions graphiques de François Dezeuze, le visiteur construit, dans le déplacement, son sens de lecture et fabrique sa propre histoire : horizon, paysage, saynète étrange…

Vidya Gastaldon
Née en 1974 à Besançon. Vit et travaille à Paris.
L’imagerie poétique de Vidya Gastaldon semble émerger d’un esprit tant utopique qu’onirique. Ses œuvres mettent en scène des êtres fantastiques côtoyant des formes organiques, des animaux hybrides, des nuages atomiques, des aurores boréales et des champignons magiques… Les compositions graphiques de Vidya Gastaldon donnent naissance, à travers de délicats mélanges d’aquarelles, de gouache, d’acrylique et de crayons, à un univers protéiforme. Les titres sont tout aussi fantasmagoriques qu’intrigants : « Fontaine d’esprits », « Queen Boo », « Advaita Krishna », « Year 2035 », oscillant entre un univers New Age psychédélique et un symbolisme revisité. Elle emprunte esprits, figures, formes à un vaste écosystème, entre biologie, écologie et cosmologie. Ses paysages psychédéliques évoquent plusieurs niveaux de conscience, comme le précise l’artiste : « le paysage est la forme la plus appropriée pour évoquer un certain état de contemplation ».

Benjamin Hochart
Né en 1982 à Seclin. Vit et travaille à Paris.
Benjamin Hochart passe du dessin à l’objet sculptural, de la surface à l’espace, interrogeant ainsi l’apparition de la forme. Il développe un travail de dessin sous diverses formes, créant de multiples possibilités de narrations et d’interprétations entre représentation et assimilation, géométrie et chaos. Utilisant une multitude d’encres, de stylos, de feutres et de graphites, il élabore toute une palette de gestes, composant ainsi une gamme de sonorités chromatiques.
L’artiste présente à Sérignan une œuvre en plusieurs exemplaires : La perspective cavalière dépliée qui réunit quatre montages numériques sur planche de bois pour plusieurs configurations. Une nouvelle série de dessins de paysages en noir et blanc dans un style détaillé et minutieux est déclinée sous la forme de fanzines photocopiés au format A4, présentés en large tas et laissés à la disposition des visiteurs. Des dessins délicats sur calque, entre paysage abstrait et scénario compliqué, contenant de légères bribes de figuration sont associés à des formes en papier de couleur.

Olivier Nottellet
Né à Alger en 1963. Vit et travaille à Lyon.
Les dessins d’Olivier Nottellet projettent le spectateur dans des paysages « extra-ordinaires ». Il commence par des schémas et des plans et finit par noyer les formes entre lourdeur et légèreté, entre espace tridimensionnel et espace plat, atténuant les repères sensoriels. Les dessins sont mis à l’épreuve en fonction des espaces d’exposition. À Sérignan, il installe Le terrain vague : une masse noire découpe un horizon abstrait. Des étais calfeutrés de vert soutiennent la vague noire. Prêts à retenir l’écroulement définitif, ils maintiennent le spectateur dans la tension des plans qui se croisent, des formes qui glissent. Le monochrome jaune contrarie la perspective symétrique de la salle, désoriente et invite à basculer dans un autre espace, à franchir les limites de ce noir qui annule les bords tout en les révélant. L’artiste crée ainsi un espace où les trois principaux éléments de son travail dialoguent avec le visiteur : l’architecture, le dessin et la peinture. Appuyé sur la géométrie des murs, le geste creuse ici un lieu des possibles, une géographie de la déambulation.

QUBO GAS
Qubo Gas, collectif né à Lille en 2000, composé des trois artistes Jean-François Ablézot, Morgan Dimnet et Laura Henno. Jean-François Ablézot, né en 1976 au Havre. Morgan Dimnet, né en 1973 à Lille. Laura Henno, née en 1976 à Lille. Vivent et travaillent à Lille et Paris.
Le feutre, l’aquarelle, l’impression et le numérique sont les moyens de création privilégiés de QUBO GAS. Leur univers se réfère à la musique électronique dans un va-et-vient permanent entre la pratique du dessin et celle de l’outil informatique. Les couleurs vives et acidulées se mêlent aux traits de crayon minutieux et légèrement tremblants, peuplant des pans de murs de motifs imaginaires. Chacun intervient avec sa propre technique, faisant fusionner les interventions en un résultat hybride. L’absence de perspective constitue un principe unificateur de leurs styles. Le collectif réalise un grand mural pour Sérignan, vaste dessin grimpant et grignotant, onirique et méticuleux, aux formes sombres et tourbillonnantes, visions acidifiées, décrivant un environnement mouvant. En regard est présenté le programme Paper Moon, dessins qui évoluent au rythme du cycle lunaire. Chaque composition est constituée d’éléments dessinés et découpés qui s’assemblent progressivement le temps d’une lunaison à travers un moucharabieh, lui-même plus ou moins ouvert, plus ou moins opaque. Le paysage final ne se découvre que le jour de la pleine lune, avant que la nouvelle composition ne commence à se reformer.

Jean-Jacques Rullier
Né en 1962 à Bourg-Saint-Maurice. Vit et travaille à Paris.
Jean-Jacques Rullier développe de façon méthodique et systématique un véritable travail d'encyclopédiste, de « recensement du dérisoire ». Le dessin lui permet d'inventorier, de classer, de décrire et de mémoriser. Il travaille par série, par collection, traçant aussi bien des plans d'espaces de promenade, d'églises, d'intérieurs domestiques. Il dessine en couleur d'un trait précis et minutieux, captant ainsi tout le charme et l'humour de la poésie du banal et du quotidien. Il commence à collecter des objets ordinaires pour les inventorier, son but étant de retranscrire le plus justement possible la vision des éléments les plus ordinaires. À Sérignan, il présente les Promenades japonaises et israéliennes. L’ensemble des dessins est en réalité la finalité de tout un processus comparable à une cartographie de ses voyages. L’artiste redessine le monde observé au cours de ses déplacements. Ainsi, il nous amène à voir ou à re-voir différemment. Si sa réflexion garde le dessin comme restitution principale, c’est pour l’élargir à divers objectifs : retrouver l’émotion des découvertes de l’enfance, explorer les pratiques d’autres cultures, étudier les comportements humains, tisser des liens et voyager dans l’imaginaire.

Stéphane Sautour
Né en 1968 à Saint-Denis. Vit et travaille à Paris.
Le dessin est un aspect primordial du travail de Stéphane Sautour. Utilisant plusieurs techniques, notamment celle du charbon, l’artiste développe un ensemble d’œuvres graphiques proches de ses préoccupations scientifiques, techniques et sociales. Avec virtuosité, il reproduit les figures silencieuses et somptueuses de notre monde, entre l’infiniment grand et le microscopique. Chaque dessin dans l’exposition représente un moment, un paysage fragile, indéfinissable. Ambiguïté de l’image accentuée par la facture hyperréaliste quasi photographique. De très près, on distingue la matière, l’épaisseur du charbon qui disparaît dans la masse dès que l’on prend un peu de recul. Une forme de beauté étrange s’en dégage. L’œuvre de Stéphane Sautour croise une multitude de références culturelles et scientifiques qui toutes participent à la construction complexe et ambivalente de la perception d’une nouvelle réalité technologique et d’un environnement en modification.

Catharina Van Eetvelde
Née en 1967 à Gent (Belgique). Vit et travaille à Paris.
Les dessins de Catharina Van Eetvelde sont comme des espaces de liberté, des mises en forme poétiques qui résultent d’un processus mental. Abstraites ou réalistes, ces constructions sont maintenues à distance des images qui saturent notre société industrielle et de là, notre imaginaire. Dans l’exposition, l’artiste propose une installation composée de dessins inédits et de projections qui nous invite à entrer dans le territoire de son dessin. La vidéo Cruise qui convie le visiteur à une surprenante croisière dans un territoire parallèle. Le film réinvente la cartographie et l'histoire géopolitique, il déplace les frontières, favorise les insularités, crée des rapprochements topographiques inédits, comme une utopique dérive des continents. Le film composé de 1300 dessins à la main est associé à une projection de dessins numériques et d’un ensemble de dessins présentés au sol et au mur qui affichent une rigueur scientifique, définissant les contours d’une complexe narration, une géographie du sensible.

Commissariat : Hélène Audiffren

logos
Mentions légales
Plan du site

Actualités

2015, La Région Languedoc Roussillon Midi Pyrénées