MRAC
< / >

17 septembre 2011 - 22 janvier 2012

Hommage à Dado (1933 -2010)

dessins, collages, gravures de 1953 à 2010
au cabinet d’arts graphiques

Le Musée régional d’art contemporain Languedoc-Roussillon présente, du 17 septembre 2011 au 22 janvier 2012, un hommage à l’artiste Dado disparu en novembre dernier. Dado a définitivement marqué la ville de Sérignan où trois expositions ont été consacrées à son œuvre en 1993, 1999 et 2007 et où, surtout, il a résidé régulièrement de 1994 à 2002 pour réaliser une œuvre monumentale et magistrale au Domaine des Orpellières, inaugurée et ouverte au public en 1999.

Cette exposition au cabinet d’arts graphiques donnera à voir un ensemble d’œuvres sur papier depuis les dessins des années cinquante de l’ancienne collection Jernej Vilfan, présentés pour la première fois au public, de nombreuses gravures, technique à laquelle l’artiste s’est consacré de nombreuses années, jusqu’aux derniers dessins réalisés pour sa petite-fille Diotime en 2010. Dado, immense dessinateur, a toujours considéré ses dessins comme autonomes. Devant ses œuvres sur papier, on est saisi par sa virtuosité technique, la qualité du trait, la ligne sûre et appuyée, l’intensité des figures d’un seul trait car le dessin ne supporte aucune hésitation. On lit la naissance d’une forme jusqu’à son épanouissement. Le dessin s’engendre lui-même pour mettre en place un monde énigmatique peuplé de monstres étranges, de plantes exubérantes, d’hybridations anatomiques, de ruines, projections de rêves entre horreur et merveilleux. Cette aptitude virtuose le range dans la grande Histoire de l’Art, en successeur légitime de Dürer.

Une salle, dans les espaces dédiés aux collections du musée, est aussi entièrement consacrée à son œuvre peint de 1957 à 2005.
À l’occasion de cet hommage, une soirée de projections de films de Pascal Szidon sur l’artiste est organisée au Domaine des Orpellières le vendredi 16 septembre 2011 à 20h. Le site des Orpellières à Sérignan Plage, entre fleuve et mer, est un espace naturel exceptionnel, réserve naturelle pour la faune et la flore typiques des terrains salins. Au milieu de ce territoire, les bâtiments abandonnés d’une ancienne ferme viticole, le Domaine des Orpellières, ont été investis par Dado qui a recouvert les murs et piliers intérieurs d’immenses peintures murales aux couleurs vives et profondes, a accumulé des objets, fétiches de l’enfance. Les fresques, réalisées sur des tags anonymes, figurent des personnages monstrueux, corps mutilés et souffrants, des gueules béantes et yeux globuleux, des organes disséminés, des pantins gesticulant, des visages figés dans une vraisemblable douleur. Eparpillés dans l’espace, des voitures ossuaires, une collection de squelettes, des poupées démantibulées participent à cet univers d’une force créatrice incroyable. Débutée au moment de la guerre des Balkans, cette œuvre est un véritable manifeste qui dénonce l’horreur de la guerre. Dado a composé un « manuscrit ouvert » sur la violence du monde, une sorte de « Guernica en couleur ».

Suite à un dommage sur la toiture, le site est actuellement fermé au public. Un projet général de réhabilitation et de transformation de l’ensemble de la ferme viticole en « Centre d’interprétation Art et Environnement » est en cours de concrétisation. Grâce à la réunion de plusieurs partenaires, ce projet global sera l’occasion de pérenniser et restaurer cette œuvre majeure de l’artiste.
Ils sont tous là – remontés de la ténèbre intérieure de Dado et venus s’écraser sur les murs des Orpellières ou s’agglutiner en monceaux de sculptures hybrides et délirantes, les rompus, les torturés, les déchirés, les déchaînés, toute la lie de l’enfance, toute l’engeance des cauchemars. Ils grouillent et souillent. Si l’on s’abstrait des bruits ordinaires de la vie et si l’on prête l’oreille, par-delà le silence propre à la peinture, au colloque des formes, c’est un concert qui nous saisit, de hurlements, de gémissements, d’imprécations. L’âme serait soulagée si elle entendait sinon une parole du moins un rire. Mais ici les bouches ne sont tracées que pour le cri, de même que les yeux, quand ils ne sont pas vides, ne se signalent que par les larmes.

Aux Orpellières, pour une éternité aux dimensions de l’humain, l’exode des figures de la douleur et de la déréliction s’est arrêté. Les murs retiennent les monstres. Ils n’iront pas plus loin. En quelque sorte, les voilà sauvés – rescapés arrêtés dans la fureur et absous par la plus sombre et la plus tumultueuse beauté qui soit. Encore savons-nous bien que d’autres hordes dadomorphes se sont exilées de tous les malheurs de nos temps et se sont engouffrées dans d’autres refuges. Tant qu’il y aura Dado et tant qu’il y aura des murs, le peuple des saccages continuera de proliférer et ses essaims de saturer les lieux de repos jusqu’à la destruction du monde.
Claude Louis-Combet, 2006

Exposition réalisée grâce à la collaboration de Alain Controu, de Diotime, petite-fille de Dado, de la Galerie Jaeger Bucher, Paris, du L.A.C., Sigean et du site www.dado.fr

logos
Mentions légales
Plan du site

Actualités

2015, La Région Languedoc Roussillon Midi Pyrénées